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Un nouveau Cent bornard à l'USMM

Mercredi 2 Octobre 2019

Petit retour sur Millau

Le maitre mot qui résume cette formidable aventure est Humilité.

Humilité parce que Millau est un vrai défi physique. C’est fou ce que le corps peut encaisser. Mais être prêt a nécessité un entrainement lourd et structuré.

Humilité des entrainements où les répétitions, la régularité et la longueur priment sur les séances fun où on se met en vrac avec les copains ! Des heures à tourner seul sur la piste comme un hamster, des heures à avaler des km en nature en essayant de respecter des allures « lentes », des heures à travailler sa résistance dans des séances à allure semi qui épuisent l’organisme. Des heures à douter de sa capacité lorsque les bobos s’accumulent, des heures à essayer d’oublier les blagues qui moquent ton côté stakhanoviste solitaire.

Humilité la veille de l’épreuve lorsqu’on rencontre les meneurs d’allure qui n’ont d’ailleurs que ce mot-là à la bouche. « Partez doucement », n’ayez aucune honte à marcher, n’oubliez pas qu’avant de faire un temps… il faut finir… c’est votre premier 100km alors profitez et apprenez mais ne présumez pas de vos forces…Millau est un Graal qui se mérite, Millau est impitoyable avec les trop présomptueux !.... » Le message était clair !

La course…
Au départ, j’ai 7km à parcourir avant de retrouver Jean Claude, mon suiveur à vélo. J’en profite pour me caler à mon allure de confort. Un bon échauffement de 40’ environ où je profite des coureurs déguisés, du paysage, de l’ambiance. Je mets à profit ce début de course très prudent en allure pour checker mon état et surtout mes pieds… Tout va bien, une vague sensation persiste mais magie de la course, les douleurs ont disparu.

KM 7, je retrouve Jean Claude et son vélo et je déclenche ma montre sur le rythme Cyrano :
14’ de course à 5’45 au kilo et 1’ de marche rapide, alternées sur les 93km restant….
Les premiers 25km restent un super souvenir… tout va bien… je profite au maximum des paysages. Je me sens bien, heureux… vivant !!!

Passage au marathon, j’ai accéléré… pour voir… 4h05… en avance de 25’ sur le plan de marche… tout va très très bien…il fallait que j’y arrive frais et c’est le cas. Comme je me sens bien affuté et que la course se passe vraiment bien… je décide de tenter le 10h30 en lieu et place des 12h initialement prévues, ce qui risque probablement de me faire exploser au 2/3 de la course. Mais je sens que c’est jouable… donc GO !
Seuls trois neurones restent actifs… un pour faire avancer les jambes, un pour surveiller la montre, un pour éructer mes besoins solides ou liquides. Je découvre même que je n’arrive plus à parler, que ma mâchoire est sans vie.

J’ai franchi les deux premières grosses côtes de 2 et 4 km sans trop de mal. Dans la deuxième descente, je me fais rattraper par un groupe de trois coureurs qui dévalent la pente de 8%... à fond…. je décide de les suivre… mes cuisses commencent à râler…

Km71, St Affrique, le demi-tour pour rentrer… On m’avait dit que le plus dur était fait… je sens quand même que les derniers 29km vont être très très compliqués.

Troisième montée… interminable… 6km non-stop. Je cours dès que je peux, comme je peux… je me fais dépasser par des concurrents qui ont l’air frais… humilité….

Arrivée en haute de cette montée je fais mes calculs et l’objectif des 10h30 n’est à priori plus atteignable… de peu. Une seule solution, descendre à fond pour rattraper les quelques dizaines de sondes qui risquent de me faire défaut.

Et là commence le calvaire. Mes cuisses se tétanisent, des milliers d’aiguilles se plantent dans mes jambes à chaque foulée, faisant remonter la douleur dans les reins. La douleur devient vite insupportable, je m’entends passer des couinements aux gémissements… à chaque pas. Et d’un coup j’éclate en pleurs, je m’entends sangloter à chaque foulée, de douleur. Je vois Jean Claude désemparé à côté de moi… je dois faire un boucan du tonnerre, je suis pitoyable, je me sens nul mais pour rien au monde j’ai envie de ralentir… le chrono tourne.

Arrivé en bas, je suis nerveusement épuisé, je tente de maintenir mon allure et m’enferme dans une bulle noire… mon corps me lâche, je n’ai plus le moral… il reste plus de 20km… l’enfer est là.
La dernière côte est marchée intégralement, je reperds 4’ minutes. Je calcule et recalcule en permanence… avec un demi-neurone actif, ce n’est pas facile ! Mais ça tient encore, c’est jouable.

Arrivée dans Millau, pas de fléchage, la nuit vient de tomber... Jean Claude tente par trois fois de me faire courir sur une piste cyclable mais je reste sur la route, la trajectoire me semble plus « courte »… je traverse en ligne droite un rond-point rempli de voitures… elles pilent pour me laisser passer… heureusement mon fidèle sherpa est là pour agiter sa lampe et ses bras en espérant que je ne me fasse pas écraser. Moi, je m’en fous des voitures, le chrono tourne…

2km de l’arrivée, 10h13 de course… 17’ pour 2km, c’est bon… enfin…
Il me reste 2km pour me ressaisir et essayer de reprendre une tête normale, 2km pour rebrancher le cerveau, 2 kilomètres à vraiment savourer chaque pas.

Je serre le point dans la dernière ligne droite, franchi la ligne …. 
10h26’02 !!!! …. Instant de grâce…..

17% d’abandons sur cette course de « spécialistes » traduisent la difficulté du truc.
A l’arrivée, le meilleur classement que j’ai jamais obtenu, à la limite de l’imposture…
82ème au scratch sur 1215 partants soit dans les 7 premiers % et 16ème / 339 dans ma catégorie ce qui me positionne à un inespéré 5 premiers %...

Travail et rigueur pour faire une bonne prépa et une course sérieuse m’ont permis d’atteindre mon objectif… à mon petit niveau, loin des cadors mais simplement à la hauteur de mes possibilités. Et c’est de là que vient le plus grand plaisir !!!!

Encore 10 jours calmes avant de reprendre sérieusement le chemin de l’entrainement pour préparer quelques échéances majeures… Marathon de Boston en avril puis le Half IronMan de Tours en juin et un full IronMan au pays basque en juillet… va falloir se remettre au boulot fissa…. Surtout que d’ici à avril j’espère bien trouver une nouvelle ânerie à faire….

Une pensée et un gros bisous à Lyne Pradillon qui boucle également son épreuve en 15h04'08... BRAVO !!!

Stéphane
 


Stéphane TAISNE